Coupe Davis. Après 118 ans, un tournant dans l’histoire du tennis

Ce week-end, la France affrontait en Coupe Davis la Croatie pour l’histoire : la dernière finale d’une formule née il y a 118 ans a été remportée par les Croates. Une chapitre de tennis mondial vient de se clore, explications.

Le 16 Aout dernier, la Fédération Internationale de Tennis a entériné à Orlando le passage à la nouvelle formule de la Coupe Davis, acceptée à 71% par les fédérations pour mettre fin à un format centenaire.

Cette compétition connue pour se dérouler quatre week-ends prolongés dans l’année (vendredi au dimanche) aux mois de février, avril, septembre et novembre (finale), qui voyait les meilleures fédérations du monde s’opposer, a donc vu sa formule actuelle prendre fin avec cette finale.

Fini en effet le format actuel de l’épreuve née en 1900 à l’origine destinée à un affrontement anglo-américain et qui voyait le vainqueur, qualifié, remettre son trophée en jeu en finale chaque année jusqu’en 1972. Une formule qui a donc évolué, à l’instar de l’instauration du tie break.

Une réforme contestée dans son ensemble

La nouvelle formule ne fait pas vraiment l’unanimité chez les joueurs et staff, en témoignent notamment les réactions de bon nombre d’acteurs, déjà nostalgique de « leur » compétition.

Si Rafael Nadal et Novak Djokovic se sont montrés en faveur du projet, de nombreux joueurs ont fait part de leur mécontentement s’agissant de la nouvelle formule. De Boris Becker à Lleyton Hewitt en passant par les joueurs et le staff de l’équipe de France (Lucas Pouille, Yannick Noah, Fabrice Santoro, Nicolas Mahut, et d’autres) et les fédérations australienne, allemande et britannique notamment.

« Êtes-vous sérieux la Fédération internationale de tennis ? Vous essayez de tuer les matchs aller/retour, les matchs en cinq sets et cette ambiance incroyable ! Tout tourne autour de ça lorsqu’on représente notre pays » Lleyton Hewitt (ancien numéro un mondial).

Une Coupe Davis en une semaine

Les nombreuses oppositions s’expliquent par le format de l’épreuve, particulier mais apprécié des joueurs avec des rencontres en cinq sets à l’instar des principaux tournois du Grand Chelem, et la possibilité de joueur à domicile, ayant créé une ferveur et une ambiance Coupe Davis déjà regrettée. En effet, la nouvelle réforme prévoit dans le calendrier ATP une semaine de rencontres entre 18 sélections en novembre (avec une phase préliminaire en février), dans un lieu neutre, avec des matchs au meilleur des trois sets.

« On ne peut pas envisager de disputer une Coupe Davis fin novembre, trois semaines après la fin de saison. Sinon, on ne peut pas avoir de période de repos. » Lucas Pouille

« Pas les mots à propos de la décision d’aujourd’hui…. #DavisCup » Boris Becker, vainqueur à deux reprises de cette compétition

Avantage sport-business

Appuyée et financée par le joueur de football espagnol Piqué, la nouvelle réforme illustre le passage du tennis dans l’ère moderne du sport : le business plutôt que la passion et la tradition.

« C’est encore une fois l’oseille contre la tradition », Cédric Pioline adjoint de Yannick Noah dans le staff de l’équipe de France

Si la position de la France pose questions, c’est parce que l’affection portée par les joueurs, le public, et le staff pour cette compétition a toujours été importante. Vainqueur à 10 reprises (de 1927 à 1932 inclus, 1991, 1996, 2001, 2017) l’histoire de l’équipe de France de Coupe Davis est marqué par l’attachement des joueurs et anciens professionnels pour cette compétition comme l’illustre le retour de Yannick Noah dans le staff.

« Combien ça coûte, les moments que tu passes avec les ramasseurs de balles ? Faut-il toujours parler en termes de dollars, ou on peut parler d’autre chose ? ». « La Coupe Davis c’est particulier, c’est autre chose, c’est le sport, il y a presque un aspect social. » soufflait Yannick Noah dans l’Equipe.

Cette réforme divise le tennis français. Les joueurs et le staff se sont en effet opposé à cette nouvelle formule, et par conséquent aux instances de la fédération. Pour le Président de la FFT, cette réforme s’inscrit dans un effort de modernisation de la Coupe Davis, essoufflée par son format et son attractivité. Ces dernières années, Rafael Nadal, et Novak Djokovic, principaux soutiens au projet ou Roger Federer n’ont que très peu participé à cette compétition, rendant par exemple la victoire de la France l’an dernier sans saveur particulière pour le monde du tennis.

Ce manque d’attractivité s’explique par le côté financier. Ainsi, la réforme, appuyé par la société Kosmos que le joueur de football espagnol Piqué préside, prévoit d’investir entre 2,5 et 3 Milliards d’euros sur 25 ans, avec un price money de 17 millions d’euros pour les joueurs par année, et deux de plus pour les fédérations. Ce qui, pour Bernard Giudicelli, président de la fédération française, s’avère être déterminant : « L’étude des différentes solutions envisagées est implacable. Seul ce projet garantit la survie de la Coupe Davis. » « C’est une décision historique qu’il fallait prendre, car la Coupe Davis n’était pas en bonne santé » « le prize money de la Coupe Davis sera du même niveau que celui du Grand Chelem, ce qui va être un élément d’attraction ».

« Si la réforme passe, il est hors de question que je joue. Il y a beau y avoir beaucoup d’argent, je n’ai pas envie de jouer une Coupe Davis qui n’en est pas une » Richard Gasquet

« Pas de mots pour décrire mon immense déception. C’est la fin d’une institution qui aura fait tant rêvé joueurs et amoureux du tennis à travers le monde. Le business prend, une fois encore,le pas sur l’histoire et les valeurs du sport… » Fabrice Santoro sur Twitter.

« La CD est morte et une partie de l’histoire de notre sport envolée pour une poignée de dollars » Nicolas Mahut sur Twitter

« La @DavisCup est morte aujourd’hui, il n’en reste que le nom et un gros sac de pognon… » Arnaud Clément (ancien capitaine de l’équipe de France)

La Coupe dévisse

Alors que la réforme a séduit les fédérations par l’augmentation de ses revenus notamment, plusieurs questions demeurent quant à la viabilité à moyen-long terme de ce projet.

De son côté, l’ATP précise son projet de créer à l’horizon 2020 un tournoi mondial par équipe baptisé la World Team Cup. Cette épreuve se déroulerait en début de saison, c’est-à-dire en janvier, imposant aux joueurs de faire un choix. Pour Lucas Pouille, au regard du calendrier, le meilleur choix serait celui de la WTC en raison de son emplacement dans le calendrier.

Si les chiffres font rêver plus d’une fédération, certaines interrogations persistent. La fédération allemande s’est montrée prudente quant au financement de ce projet à la vue de l’opacité de l’argent. Quand le sport business se heurte à ses propre limites…

Simon Houtin

Crédit photo : PHILIPPE HUGUEN/ AFP

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