Décryptage de la situation des Rohingyas en Birmanie

Décryptage de la situation des Rohingyas en Birmanie

 

Avec l’attaque, le 25 août dernier en Birmanie, de commissariats de polices par des membres de l’Armée de secours des Rohingyas de l’Arakan (ASRA), le conflit, jusque-là peu médiatisé a changé d’intensité. La riposte des militaires birmans a dévoilé au grand jour et au monde entier un conflit pourtant centenaire. Les Rohingyas sont une minorité musulmane originaires de la région de l’Arakan en Birmanie et composée d’un million de personnes.

 

Depuis plusieurs semaines les médias s’intéressent particulièrement à l’exil des Rohingyas. L’armée birmane est accusée de « nettoyage ethnique » sur cette frange de la population. Selon l’ONU, 400 000 Rohingyas auraient fui en direction du Bangladesh et 400 morts seraient à déplorer.

 

(Capture d’écran Google maps)

 

« L’une des ethnies les plus persécutées au monde » selon les Nations Unies.

 

La persécution du peuple Rohingya n’est pas nouvelle. La Birmanie est composée à 89% de Bouddhistes et les musulmans, largement minoritaires (4%) subissent depuis longtemps des persécutions. Durant la seconde guerre mondiale, les Rohingyas, en quête de reconnaissance officielle, combattent aux côtés des Anglais, alors que les Birmans eux, s’allient davantage aux Japonais ce qui intensifie les tensions déjà présentes entre les ethnies. En 1982, l’homme fort du pays, le dictateur Ne Win, met en place une loi sur la nationalité et déclare 135 « races » aptes à obtenir la nationalité birmane. Les Rohingyas n’en faisant pas parti sont alors considérés apatrides. En effet, seul les peuples pouvant prouver qu’ils étaient établis sur le territoire avant 1823 obtenaient la nationalité, ce que les Rohingyas, malgré de multiples tentatives n’arrivèrent pas à officialiser.

 

 

 Un espoir de réconciliation.

En mai 2012, un conflit interethnique éclate en Birmanie. Aung San Suu Kyi, fondatrice de la ligue nationale démocratique (qui renversa la dictature) et ministre des affaires étrangères venue récupérer son prix Nobel de la paix 1991 déclara dans son discours à Oslo que « Les hostilités n’ont pas cessé dans l’extrême nord. Dans l’ouest, la violence communautaire prend la forme d’incendies et d’assassinats, qui ont eu lieu juste avant que je commence le voyage qui m’a conduite ici aujourd’hui ». Cette intervention publique devant le comité Nobel Norvégien donnera un soupçon d’espoir de reconnaissance aux Rohingyas. Cependant, le désenchantement ne se fait pas attendre et Aung San Suu Kyi reste silencieuse face aux actions de l’armée, qui selon un rapport de Human Rights Watch de 2013 auraient causé le déplacement de plus de 125 000 Rohingyas sur cette année, vers le Pakistan, pays voisin à majorité musulmane.

 

L’escalade médiatique.

Le 25 août, des membres de l’ASRA (l’Armée de secours des Rohingyas de l’Arakan) ont attaqué une trentaine de postes frontières. L’armée birmane a riposté en attaquant les Rohingyas, en brûlant les villages et en les poussant à l’exil. Les organismes de défense des droits de l’homme interpellent et parle de « nettoyage ethnique ».

 

(© 2017 Human Rights Watch)

 

L’attitude d’Aung San Suu Kyi fait polémique car elle a déclaré le 5 septembre que la situation était noyée sous un « iceberg de désinformation » lors d’un échange téléphonique avec Erdogan. La passivité de la prix Nobel de la paix 1991 est contradictoire avec les valeurs que le monde lui connaissait et avec l’esprit de la récompense qui lui a été donnée. Une pétition en ligne signée par 417 000 personnes a même été créée pour qu’on lui retire le prix Nobel. En réalité, la chef de la LND n’a que peu de pouvoir sur l’armée qui contrôle encore les rouages du pouvoir.

 

Un refus synonyme de détermination de la part du pouvoir Birman.

 

Le 10 septembre, les membres de l’ASRA ont demandé un cessez-le-feu d’un mois le temps que les aides humanitaires puissent aider les réfugiés, ce à quoi a répondu un porte-parole d’Aung San Suu Kyi : « Notre politique n’est pas de négocier avec les terroristes. » traduisant une volonté d’apaiser les tensions au point mort. Enfin, la crainte de récupération, par de grands groupes terroristes d’ethnies en colère comme l’ASRA, est un des multiples enjeux auxquels doit répondre la communauté internationale au sujet de la Birmanie.

Malala Yousafzai la prix Nobel de la paix 2014 a tenté d’interpeller la dirigeante birmane dans un tweet posté le 3 septembre : « Chaque fois que je regarde les informations, j’ai le cœur brisé face aux souffrances des musulmans rohingyas (…)Ces dernières années, je n’ai cessé de condamner le traitement honteux dont ils font l’objet. J’attends toujours de ma collègue prix Nobel Aung San Suu Kyi qu’elle en fasse de même. ». Le Dalaï Lama a également fait part de sa volonté qu’Aung San Suu Kyi trouve une solution pacifique au problème.

Le 19 septembre, Aung San Suu Kyi a prononcé un discours à l’ONU. La dirigeante a évoqué un possible retour des Rohingyas en Birmanie mais n’a pas condamné publiquement l’armée birmane. A l’international des réactions ont d’ores et déjà eu lieu. Le gouvernement britannique a décidé de stopper le soutien et l’entraînement de l’armée birmane. Autant dire que l’intervention publique de la prix Nobel n’a pas suffit à ramener l’ordre De plus, la communauté internationale en attend d’avantage de la part du gouvernement birman.

Sources :

  • Etudiant en journalisme à l'IUT de Lannion. Passionné par l'actu (migration, climat, régions polaires) et la photographie.

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