Donald Trump : un démarrage qui interpelle

Washington DC, vendredi 20 janvier 2017, le monde assiste à l’investiture de Donald Trump en tant que 45ème président des Etats-Unis d’Amérique. Pouce levé en direction de la foule de sympathisants, index tendu quand il martèle ses propos, le nouveau président n’a pas perdu de la gestuelle qui l’a caractérisé durant la campagne. Face à une opinion perplexe, Trump semble vouloir démontrer qu’il n’est pas le candidat de l’establishment américain mais bien celui qui tiendra les promesses de sa campagne. Comme il l’annonce à la tribune « Aujourd’hui nous transférons le pouvoir de Washington à vous, le peuple ». Durant ce discours, Trump dresse un bilan mitigé des Etats-Unis aussi bien au plan national qu’international. Il s’adresse particulièrement à ceux qu’il qualifie de laissés pour compte, lesquels ne seront désormais plus ignorés. Selon ses dires, cette période est révolue et il en appelle au célèbre slogan « America First ! ». Les Etats-Unis de Donald Trump amorceraient-ils un nouveau retour au protectionnisme ? Priorité sera donnée à l’économie nationale et aux affaires étrangères dont les bénéfices iront aux Américains. L’immigration est pointée du doigt pour sa responsabilité présumée selon ce dernier de l’insécurité et du chômage. Il souhaite ramener la richesse et les emplois ainsi que reprendre le contrôle des frontières, une remise en cause implicite de l’ALENA (Traité de libre-échange nord-américain entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique). Trump s’engage à éradiquer le terrorisme islamiste de la surface du globe. « Quand l’Amérique est unie, elle est invincible […] que vous soyez noir, marron ou blanc, vous avez tous le même sang rouge du patriote », le candidat qui multipliait les déclarations polémiques sur fond de vives tensions socio-raciales semble tenir un discours plus proche de l’apaisement. Il conclut sur ce qui apparaît comme le leitmotiv de son mandat ; rendre sa force, sa richesse, sa fierté et sa grandeur à l’Amérique. Le ton est donné.

Les femmes contre Trump
Toutefois, en parallèle à la liesse populaire d’une part de l’Amérique, les mouvements de contestations se sont succédés. Dans la capitale, de nombreuses manifestations anti-Trump ont montré leur indignation face à l’investiture de ce président qu’ils n’estiment pas légitime notamment en raison du fait qu’il n’est pas le candidat vainqueur du vote populaire. Or le système électoral américain ne repose pas sur la supériorité numérique des votes populaires pour gagner mais sur celle des votes de grands électeurs. Constitutionnellement parlant, la victoire de Trump est légitime, reste à savoir s’il pourra gouverner aisément sans le soutien massif de ses concitoyens.L’évènement contestataire le plus retentissant demeure la Marche des Femmes, une manifestation d’envergure nationale organisée au lendemain de l’investiture. De Washington à San Francisco environs 500 000 personnes ont défilé dans les rues pour dénoncer le discours de Trump, considéré comme raciste, homophobe, fasciste et sexiste par les manifestants. Les femmes se sont réunies pour entreprendre un combat contre la présidence Trump, une lutte qui selon ces dernières durera quatre ans si nécessaires. « Pussy hats » sur la tête, les bonnets roses inondent les rues de la capitale sur le tracé même de la parade présidentielle. L’Amérique mixte et multiculturelle entend bien défendre ses droits et entraver les manœuvres du nouveau président. Avec le soutien de stars influentes comme Madonna, ils scandent leur désapprobation avec les projets du nouveau président. Ici, on retrouve les militants de l’Obamacare, du planning familial et des Blacks lives matter dont les revendications et les intérêts sont menacés si Trump mène à bien ses promesses de campagne. Certains hommes ont également rejoint les rangs des manifestantes. L’engagement est inédit aux Etats-Unis et semble voué à perdurer afin de ne pas laisser le nouveau gouvernement agir comme il l’entend.

 

Le président du décret

 

Or depuis le Bureau Ovale, Donald Trump entouré de ses conseillers n’attend pas pour mettre en œuvre ses mesures. Les internautes ont pu observer non sans surprise le 21 janvier sur le site officiel de la Maison Blanche la fermeture des pages concernant les droits de la communauté LGBT [Lesbiennes Gays Bisexuels Transsexuels] et celle sur l’engagement américain en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Outre cette mise à jour controversée, le président a entamé une série de décrets visant à gagner du temps dans sa croisade contre l’administration Obama. Le premier coup d’éclat et non des moindre est le décret contre l’Obamacare, la loi phare d’assurance-maladie de son prédécesseur. Trump exige de son administration que toutes les mesures soient prises pour ne pas appliquer cette loi, via des exemptions et des reports en attendant son abrogation finale si le Sénat -à majorité républicaine- l’approuve. Honnie des républicains conservateurs pour son coût estimé trop élevé, l’Obamacare a permis à des millions d’Américains de souscrire à une assurance-maladie. Toujours sur le plan de la santé, Trump a signé un autre décret très controversé sur l’avortement. Celui-ci interdit le financement d’ONG internationales soutenant l’IVG, lesquelles permettent de faire fonctionner les réseaux de planning familiaux et d’associations d’aides aux femmes faisant face à des grossesses non désirées. Salué par les militants pro-life (anti-avortement), cette mesure est en effet une promesse de campagne tenue.Mais Donald Trump ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Les forages des hydrocarbures de schiste pourront désormais reprendre sur le sol américain à contrecourant du Climate Action Plan d’Obama, « L’administration Trump va embrasser la révolution des pétrole et gaz de schiste pour créer des emplois et apporter de la prospérité à des millions d’Américains » rapporte la Maison Blanche sans rappeler l’engagement décidé lors de la COP21. Celui-ci sera très probablement supprimé au vu des positions du nouveau gouvernement sur la question environnementale. Scott Pruitt, éminent climato-sceptique a d’ailleurs été nommé à la tête de l’Agence Américaine de Protection de l’Environnement. Fidèle à son credo de renforcer les frontières et ramener les emplois sur le territoire national, Donald Trump projette de renégocier le Traité de libre-échange nord-américain qui est selon lui responsable de la précipitation de la désindustrialisation du pays. La sortie de l’ALENA est officiellement envisagée. Les accords de libre-échange semblent être dans la ligne de mire de Trump qui a d’ores et déjà annoncé le retrait américain du Partenariat Trans-Pacifique (TPP dans sa version anglaise). Cet accord obtenu difficilement en 2016 avec 12 pays de l’Asie-Pacifique représentant 40% du PIB mondial visait à contrecarrer l’influence chinoise, mais il menaçait les travailleurs américains selon Trump. Pas encore ratifié par le Congrès, celui-ci ne sera donc jamais entré en vigueur. En revanche, un accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni est en projet afin de faire du Brexit un succès. Trump, qui s’est singularisé par son utilisation systématique du réseau social Twitter pour ses déclarations conserve l’habitude prise durant la campagne. C’est donc naturellement qu’il y annonce l’officialisation de la construction du mur entre le sud des Etats-Unis et le Mexique afin de sécuriser la frontière. Cette mesure qui a tant défrayé la chronique serait donc bel et bien en passe d’être matérialisée. Trump assure que l’intégralité du financement viendra du Mexique. De l’autre côté de la frontière, la réaction du président Enrique Peña Nieto ne s’est pas faite attendre : « je réprouve la décision des Etats-Unis de continuer la construction d’un mur qui loin de nous unir, nous divise […] le Mexique ne paiera aucun mur […] et exige le respect comme la nation souveraine que nous sommes ». L’Amérique latine exprime déjà son soutien au « frère » mexicain.

 

#MuslimBan : le bras de fer

 

Coup de tonnerre le soir du 27 janvier, Donald Trump vient de signer un décret interdisant l’entrée sur le territoire de toute personne en provenance de 7 pays musulmans (Yémen, Irak, Soudan, Iran, Somalie, Syrie et Libye) pour une durée de 90 jours et une interdiction totale pour les Syriens jusqu’à nouvel ordre. Celui-ci affirme que le décret n’est pas à caractère religieux mais qu’il ne s’agit que d’une mesure de sécurité qui permet d’empêcher l’entrée à de potentiels terroristes islamistes. Ce décret est un véritable séisme qui dépasse les frontières du pays. L’Iran a d’ores et déjà annoncé qu’il appliquerait la réciprocité sur les citoyens américains. Les géants du numérique tels que Microsoft, Apple, Google ou Netflix dénoncent le décret. De nombreux sénateurs, diplomates et juges se sont dressés contre ce qu’ils envisagent comme une violation des droits fondamentaux. Même Barack Obama qui avait déclaré ne pas intervenir dans la vie politique -sauf en cas de menace pour les valeurs fondamentales de l’Amérique- est monté au créneau pour pointer du doigt « la discrimination des individus en raison de leur foi ou leur religion ». Face à la tempête médiatique, populaire et politique, Trump empoigne le taureau par les cornes. La ministre intérimaire de la Justice Sally Yates, en fonction en attendant l’approbation par le Sénat de la nomination du sénateur Jeff Sessions, a été relevée de ses fonctions. Refusant d’appliquer le décret présidentiel, la Maison Blanche l’accuse d’avoir « trahi le département de la Justice en refusant d’appliquer un décret destiné à protéger les citoyens des Etats-Unis ». Dana Boente qui remplace cette ancienne de l’administration Obama assure qu’il appliquera ce décret. Haro également sur les diplomates jugés dissidents, Trump les somme d’accepter le programme ou bien de partir. Enfin, Thomas Homan prendra le poste de Daniel Ragsdale à la tête du Service de l’Immigration et des Douanes (ICE). A l’étranger, les réactions se multiplient. De nombreuses manifestations en protestation contre ce décret ont été suivies par les prises de position de dirigeants. François Hollande et Angela Merkel ont dénoncé une mesure estimée discriminatoire et antimusulmane. Néanmoins Trump continue sa progression en durcissant le ton.

 

En tout point, Donald Trump n’a pas fini d’interpeler et d’étonner. On le trouvait absurde et incapable de gagner la présidentielle face à Hillary Clinton, il a gagné l’élection. On pensait qu’il reviendrait sur ses promesses de campagne, dès les premières heures il a mis en marche le rouleau-compresseur. L’ère Trump si on peut la nommer ainsi n’en est qu’à ses premiers pas mais c’est dès l’heure tous les symboles de la présidence Obama qui sont mis à terre. Les cartes sont rebattues, et le jeu de Trump ne fait que commencer. Quoi qu’on en dise, il cherche à concrétiser chaque promesse de campagne. Une stratégie qui lui vaut l’enthousiasme débordant de ses partisans mais qui irrite et scandalise tout ceux pour qui cette élection et ses conséquences s’apparente à une mauvaise blague qui n’a que trop duré.

 

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