La jeunesse engagée #3 : rencontre avec Enzo

 Enzo, 18 ans, vient de finir un CAP “Petite enfance” au lycée professionnel Simone Veil d’Angers. Si il s’intéressait déjà à la politique à l’âge de 14 ans, il milite, depuis 2 ans, au sein du NPA. Nous avons voulu comprendre l’origine et les piliers de son engagement…

 

Pourquoi vous vous êtes engagé au NPA ?

 

« Mon 1er engagement politique n’était pas au NPA. Dans la région angevine l’organisation de jeunesse et de gauche qui comptait le plus de militants organisés était les Jeunes Communistes (JC). J’ai donc commencé à m’engager avec eux.

Au bout de quelques mois, je me suis rendu compte que leurs manières de militer ne me correspondaient pas. Il y existait aussi des désaccords politiques entre nous: par exemple sur les questions d’écologie, Notre Dame des Landes, le Nucléaire… En effet, ils ne répondaient pas à ces thématiques pourtant fondamentales pour l’équilibre écologique de notre planète. Puis mon espoir de changer le monde radicalement n’était pas revendiqué par les JC, il s’agissait d’une forme de réformisme de gauche.

De plus, j’ai été attiré par les discours de Olivier Besancenot ( NDLR: il s’agit de l’ancien porte parole du NPA). Ses interventions sur les questions de l’antiracisme me parlaient. Il faut dire que moi même je fus victime de racisme lorsque j’étais plus jeune.C’est donc sur les questions d’écologie, de révolution et  du combat antiraciste que j’ai quitté les JC pour rejoindre le NPA. »

 

Cet engagement provient donc en partie de votre histoire personnelle. L’éducation reçue de votre entourage familiale puis vos rencontres ont-elles aussi jouées un rôle dans celui-ci  ?

 

« Alors, je ne viens pas du tout d’une famille militante, certes, mes parents sont de gauche, mais jamais ils n’iront en réunion et en manifestation avec moi. Mon engagement est dû à ma simple curiosité et comme je l’ai dit précédemment à mon envie de changer le monde de fond en comble. Ce n’est pas non plus mes relations amicales qui peuvent expliquer mon engagement: la plupart des gens que je fréquente au quotidien ne sont pas politisés.Cependant, j’ai évidemment été élevé avec des valeurs d’égalité, de liberté et de fraternité comme les devises de la France, mais moi sans le côté chauvin du “je me sens français”  qui n’est pas à mon goût. Je suis internationaliste, anti-raciste, féministe, écolo…La liste est longue mais toute les valeurs liées à l’émancipation s’y retrouve. »

Comment se manifeste votre engagement pour de telles valeurs au sein de votre parti politique ? Qu’aimez vous dans celui ci ?

 

« Contrairement aux autres partis de gauche, il existe différents courants et tendances au sein du parti. Je trouve ça bien, cela créer une certaine démocratie au sein de l’organisation.
En effet, même s’il y a une direction, notre parti se veut démocratique, il persiste donc une certaine absence de hiérarchie, une forme d’auto-organisation. Aussi bien à l’échelle nationale comme locale. Nous avons tous, une ligne commune: renverser le système et être dans une perspective de révolutionner la société.
Au NPA notre but était de rassembler des militants de différentes traditions ( NDLR : socialistes, communistes, écologistes, libertaires ) pour former une organisation large révolutionnaire. Tel est notre identité. D’ailleurs ce fonctionnement, que j’apprécie grandement, fait que je n’ai pas vraiment de rôle défini.  Cependant je m’occupe plus spécifiquement des questions de jeunesse, mais je n’ai pas vraiment de fonction. »

 

Révolutionner la société pour en faire quoi ? Quelle est votre société idéale ?

 

« Il y a plusieurs raisons de s’engager et de se révolter contre ce système:

– Une crise démocratique, la Ve République est tout sauf démocratique, les lois passent, sans que la population soit consulté, le pouvoir rend le vertige.
On peut le constater avec la loi El Khomri et l’utilisation à 5 reprises du 49.3 .Ce qu’il faut et ce qu’on défend au NPA est un système de démocratie du bas vers le haut et non pas du haut vers le bas. Ce serait la population qui prendrait en main sa vie politique sans politiciens professionnels. Notre société idéale n’existe pas encore. Mais il y a quelques exemple de démocratie direct qui marche assez bien en Amérique latine, il ne suffit pas d’avoir une société clé en main, car à chaque fois qu’on nous a promis une société toute faite, on a toujours été déçu. Il ne faut pas non plus faire confiance au politiciens professionnels, nous au NPA on réclame non seulement le non cumul des mandats mais aussi la rotation des mandats, 2 ans et après on retourne bosser.

– Il existe aussi une crise sociale où le chômage ne cesse d’augmenter. S’impose donc la nécessité de baisser le temps de travail mais surtout d’avoir un programme résolument radical en revendiquant l’appropriation des grands moyens de production, et ça les autres partis de gauche ne le disent pas.

– Enfin, notre société connaît une urgence écologique et migratoire, où le réchauffement climatique s’intensifie avec la pollution de l’air et les grands projets inutiles que les capitalistes nous pondent… (NDLR : il s’agit de références à l’aéroport de Notre Dame des Landes, au Barrage de Sivens et au projet de grand enfouissement de déchets nucléaire à Bure…)

Il y a urgence à réagir, à construire une nouvelle société qui fait attention à l’humanité entière…

Je dirais qu’on a pas de société idéale mais la nécessité de l’inventer ensemble »

 

Ce changement pour une nouvelle société, ça passe par les urnes ?

 

«Non ! Au NPA on est révolutionnaire donc notre boussole ne sont pas les élections mais la rue, les mobilisations sociales. Nous ne supprimerons pas les élections, cela peut être un levier pour une société organisée, mais pour nous l’élection est un outil, pas une fin en soi.
Le vrai changement de société, le moment où ce sera la population qui “gouvernera” et pas la finance ou l’appareil étatique, cela s’imposera dans la rue, par des revendications, des blocages, des grèves, comme ça l’a été pour les congés payés, les 35h…Tous nos droits sociaux nous les avons pas eu grâce à des réformes mais grâce à des mobilisations qui se sont passés dans la rue c’est avec ces mouvements dans la rue que le gouvernement à l’époque à céder et accorder ces droits.
C’est ce qu’il faut faire encore aujourd’hui, car les financiers et les puissants n’ont pas peur des réformes, car au final c’est toujours le grand patronat qui gagne.
Il faut une grève générale sur les différentes questions qui peuvent nous révolter. Combattre séparément et frapper ensemble.
Il existe d’ailleurs une citation de Marx qui peut résumer notre vision: “l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes”.»

Comment votre engagement pour une révolution est ressenti par votre famille ? Par la société ?

 

«Aussi bien à l’échelle nationale que familiale, on nous qualifie d’ utopistes . On nous dit que la révolution n’aura jamais lieu, qu’il faut obligatoirement un état fort pour que la société parte pas en “vrille”…Mais n’est ce pas déjà le cas ? Nous, nous disons si ! Alors qu’on veuille nous boycotter, nous bassiner avec un discours paternaliste : c’est un droit de pouvoir tacler tel et tel parti. Mais rien ne m’empêchera, avec l’ensemble des camarades du NPA, de continuer à penser que cette révolution dans la rue est plus que nécessaire pour lutter contre les différentes injustices dans le monde entier. Peut importe ce qu’il est dit autour de nous, nous continuons à nous battre dans les urnes quand l’occasion s’y présente mais surtout dans la rue !»

Sans dire qu’un tel changement est impossible, nous voyons que les Français, principalement les jeunes, sont de plus abstentionnistes et dégoûtés de la vie politique… Comment le NPA souhaité remobiliser les foules pour réussir son objectif et faire qu’elles retrouvent le chemin de la rue ?

 

« Depuis des années, les gouvernements consécutifs ont menés des politiques favorisants l’économie du marché et le patronat. Même les gouvernements de “gauche” ont cohabité avec le capital. Ainsi, ils n’ont jamais revendiquer et proposer de rompre avec les politiques d’austérité qui favorise le capitalisme. Au NPA on pense qu’il faut rompre avec celui ci, ce n’est pas avec des réformes qu’on empêchera à un grand patronat de licencier des milliers de salariés. Il ne s’agit pas non plus de prendre les armes et de revivre la terreur . Nous sommes anti-guerre et donc par conséquent contre la violence physique. Par contre ce qu’on veut c’est une violence sociale, ce qu’on pourrait appeler couramment chez nous “la lutte des classes”  (NDLR : concept marxiste qui prône l’opposition des intérêts de la classe capitaliste et ceux des prolétaires.) L’autre courant à gauche comme le Parti Communiste ou la France Insoumise de Jean Luc Mélenchon, pense que c’est avec des réformes qu’on pourra changer les chose. Nous, on leur dit qu’ils se trompent, car peu importe les réformes qui passent, le capital et le patronat possèdent toujours le pouvoir. Or, il faut se réapproprier l’économie, nous, le peuple et cela se fera exclusivement par la rue. Des mobilisations, des manifestations, occupations de place, des blocages qui mèneront à la grève générale pour tout simplement commencer à faire plier le grand capital. Car oui pour vaincre l’appareil d’État capitaliste, raciste et sexiste, il faut construire ensemble la révolution qui semble être de plus en plus nécessaire ! Le Che disait d’ailleurs:  “Soyez réaliste, exigeons l’impossible…”  »

 

 

 

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