Portrait de Ramzan Kadyrov, “fantassin de Poutine” à la tête de la Tchétchénie

En 2017, son pays faisait l’actualité, en raison d’accusations de kidnapping, torture, et meurtre d’homosexuels, révélés par la Novaïa Gazeta, un journal indépendant russe. A la tête d’un pays vassalisé à la Russie de Vladimir Poutine, il est plus généralement connu pour son exhibitionnisme sur les réseaux sociaux. Portrait de Ramzan Kadyrov, dirigeant de la Tchétchénie.

Une montée au pouvoir précoce

Le natif de Tsenteroï  entame sa première expérience politique de haut rang en 2005, au poste de vice-premier ministre. Un an auparavant, son père, Akhmad Kadyrov, alors président de la République depuis 2003, est tué dans un attentat à la bombe lors d’un défilé commémoratif dans le stade de Grozny, capitale du pays. L’engin avait été dissimulé dans le béton qui composait une colonne de la tribune où se tenait le président. Ramzan Kadyrov est nommé président  par intérim par Vladimir Poutine le 15 février 2007, avant de le devenir officiellement le 2 mars suivant.

(Crédits : Ria Novosti)

L’identité et la religion au cœur de la doctrine kadyroviste

Le territoire tchétchène, en plus de représenter une superficie et une population peu élevées par rapport à l’ensemble de la Fédération de Russie, constitue un pays à majorité musulmane sunnite, inféodé à une puissance mondiale globalement orthodoxe. Mais cela n’empêche pas Kadyrov de promouvoir une lecture pieuse et très rigoriste de l’islam dans son pays. Il fait également preuve de défiance envers l’Occident dans ses discours, pointant du doigt les “femmes aux moeurs légères”, et surtout l’homosexualité. Il est également connu pour certaines déclarations misogynes.
Selon Marlene Laruelle, professeure associée à la George Washington University, cela permet à Kadyrov de monopoliser le discours religieux traditionaliste en lieu et place du djihadisme. Au-delà des frontières de la Fédération, cela permet également à Kadyrov de promouvoir l’image de la Russie auprès du monde musulman.
Sur la question de l’identité tchétchène, une des réussites de Kadyrov a été de consolider une soumission à la Russie, et l’image d’une Tchétchénie indépendante, forte, et guerrière. Pour cela, il se réfère beaucoup au folklore tchétchène, notamment via des chants, des danses et des uniformes traditionnels au cours de cérémonies ou autres événements de communication. D’un autre côté, il efface ou omet les moments de l’Histoire qui ont vu les chefs tchétchènes s’opposer aux russes, notamment à l’époque soviétique. Selon la professeure Laruelle, c’est l’illustration de la célébration de la petite nation tchétchène dans le cadre de la grande nation russe.

Des démonstrations de force au service d’une communication parfois très masculine

Le détail le plus retenu sur le personnage est son désir de s’afficher, et son utilisation parfois considérée comme compulsive des réseaux sociaux. Sur son compte Instagram à 2,8 millions d’abonnés, il se met en scène, parfois à dos de cheval au crépuscule, parfois nourrissant de jeunes faons au biberon. Malheureusement pour lui, ses comptes Instagram et Facebook ont été suspendus le 23 décembre 2017, après qu’il ait été reconnu coupable de violation de droits humains aux États-Unis. Il cultive également son image en invitant de grandes célébrités, telles que Madonna, Steven Seagal, Gérard Depardieu, et l’ex-joueur de foot Ronaldinho Gaucho. Il organise également de nombreux rassemblements militaires, et, de manière moins ordinaire, des combats de boxe entre jeunes garçons, notamment ses trois fils. Il s’est également prêté à l’exercice lui-même, avec comme adversaire son propre ministre.

Un recours facile à la terreur et aux exactions

Mais l’essentiel de la controverse autour du personnage de Ramzan Kadyrov concerne avant tout son profil de dictateur souvent violent.  Son nom est cité dans plusieurs enquêtes d’assassinats, notamment l’opposant politique à Vladimir Poutine Boris Nemtsov, la militante Natalia Estemirova, et la journaliste Anna Politkovskaïa, qui avait couvert le conflit tchétchène, et critiqué le gouvernement de l’époque.
En Tchétchénie, le Parlement possède relativement peu de pouvoirs, et ce sont plusieurs dizaines de milliers de soldats qui sont sous les commandes du président. Parmi ces hommes, certains ont été envoyés soutenir les séparatistes du conflit ukrainien, et d’autres sont partis servir la police politique en Syrie.
De nombreuses exactions commises dans le pays sont dénoncées par les ONG. Cela concerne les journalistes, les militants des droits de l’Homme, les opposants. Mais ce qui a retenu l’attention médiatique à travers le globe, ce sont les accusations de maltraitances envers les homosexuels, révélées par une enquête du journal russe indépendant où travaillait Anna Politkovskaïa.
Plusieurs témoignages ont été recueillis par d’autres médias et ONG. Ils parlent de violentes menaces émanant de la société tchétchène, des forces de l’ordre, et parfois même de la famille de la victime elle-même. Les homosexuels étaient dénoncés, kidnappés, torturés ou tués. Les policiers vont parfois jusqu’à fouiller les téléphones des victimes, afin de trouver d’autres homosexuels. Le porte-parole de Ramzan Kadyrov, Alvi Karimov avait démenti : « C’est un mensonge absolu. Il est impossible d’interpeller et de harceler ceux qui n’existent pas dans la République (…). Si, en Tchétchénie, il existait de telles personnes, les organismes d’application de la loi n’auraient pas à s’en occuper, car les familles les auraient envoyées à une adresse sans retour. »
D’autre part, Igor Kochetkov, le dirigeant du réseau LGBT Russie avait affirmé à l’occasion de ces révélations que “plus d’une centaine de personnes” avaient été emprisonnées en Tchétchénie.

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