Russie : qui pourra affronter Vladimir Poutine en 2018 ?

Depuis 14 années désormais Vladimir Poutine dirige la Fédération de Russie, avec trois mandats présidentiels dont le dernier est allongé de deux ans. Une longévité exceptionnelle dans la paysage des chefs d’Etats les plus puissants, d’autant que la Russie est officiellement une démocratie. De 2008 à 2012, Dimitri Medvedev l’avait nommé président du gouvernement ce qui fait de l’homme fort du Kremlin une figure incontournable de la Russie moderne. Son autoritarisme a toujours suscité l’inquiétude des Occidentaux, mais c’est en Russie même que s’exerce de manière implacable cette poigne de fer. Le musellement des médias libres, l’inexistence d’une opposition affirmée et visible, d’un renouvellement de la classe politique sont autant de facteurs qui rendent les quelques opposants si marginaux. Un candidat devra pourtant monter au créneau en 2018, démocratie oblige.

 

Alexeï Navalny, un habitué du tribunal

Dans le paysage politique russe, le dernier évènement notable est la condamnation d’Alexeï Navalny, présenté comme l’unique concurrent sérieux de l’élection présidentielle russe en 2018. Le tribunal de Kirov à 900km à l’est de Moscou, l’a condamné à 5 ans avec sursis pour avoir détourné l’équivalent 400 000€ de fonds publics au profit de la société d’exploitation forestière Kirovles lorsqu’il était conseiller du gouverneur de la région de Kirov en 2009. Ce délibéré s’inscrit dans une lignée de condamnation toujours sur la même affaire. En 2016 la CEDH (Cour Européenne des Droits de l’Homme) avait alors ordonné à la Russie le versement de 79 000€ de dommages et intérêts pour violation du droit à un procès équitable mais ce jugement avait été par la suite cassé par la cour suprême russe, avant que deux nouveaux procès condamnent à nouveau Navalny. En sortant du tribunal, l’opposant n’a pas hésité à dénoncer sans langue de bois « ce verdict, c’est un télégramme du Kremlin ». Selon lui, le pouvoir aurait monté ces accusations de toutes pièces pour le mettre hors d’état de nuire à Vladimir Poutine lors de l’élection présidentielle. En effet selon le droit russe, une condamnation entraîne l’inéligibilité d’un candidat potentiel lors d’une élection. Or Navalny qui est avocat de formation rappelle que la Constitution est de son côté puisque seul un homme incarcéré ne peut être élu, le sursis ne faisant donc pas effet. Néanmoins, selon la loi électorale en cas de condamnation de « crimes graves » le candidat ne peut se présenter avant d’avoir purgé sa peine. Le sort de l’ambition électorale de l’opposant dépend donc d’une interprétation juridique, certainement teintée de considérations politiques comme l’avance Navalny.

Alexeï Navalny, (Evegeny Feldman pour Novaya Gazeta, Wikimedia)

Pouvoir et corruption

Avocat de formation, Alexeï Navalny est avant tout l’adversaire numéro un de Vladimir Poutine, le seul qui ose dénoncer ouvertement les abus du régime et la corruption à grande échelle de secteurs névralgiques comme la justice ou les médias, ainsi que l’enrichissement personnel des hauts-fonctionnaires. Le Kremlin s’est accommodé de ceux que l’on qualifie de vieille garde traditionnelle c’est-à-dire les opposants Vladimir Jirinovsky, Sergueï Mironov et Guennadi Ziouganov. Ceux-ci sont jugé trop faibles pour inquiéter le pouvoir en place, mais ce n’est pas le cas de Navalny, plus jeune et plus déterminé malgré les intimidations. Selon l’intéressé, il n’y a pas eu d’élections véritables depuis 1996, et au micro de Radio Echo à Moscou avançait l’idée d’offrir une immunité à Vladimir Poutine lors d’une éventuelle passation de pouvoir, mesure qui servirait à laisser le Kremlin autoriser la concurrence s’exprimer librement et équitablement avec lui. Ironie du sort ? cette immunité a déjà été accordé dans le passé à Boris Elstine en 1999 par le président par intérim de l’époque… Vladimir Poutine. Lors de son audience au tribunal le 1er février, Navalny confiait au Monde « Oui, j’ai dit que si Poutine était d’accord avec une transition de pouvoir pacifique, il faudrait lui accorder l’immunité. C’est une décision désagréable pour qui connaît sa corruption, et elle l’est doublement pour moi parce que mon frère est en prison, mais il faut parfois savoir mettre de côté ses émotions… ». L’éventualité d’une passation de pouvoir dépendrait donc d’un accord à l’amiable avec Poutine à en croire l’opposant n°1. Cette proposition vise peut-être à diminuer les craintes du Kremlin et ainsi qu’on lui octroie le droit de se présenter lors de l’élection présidentielle. Navalny demeure actuellement la seule figure crédible, notamment depuis l’assassinat de Boris Nemtsov à quelques pas du Kremlin le 28 février 2015 dont Navalny entrevoit une implication de Poutine. « Je sais à quel point il sera difficile de s’opposer au pouvoir actuel et à sa machine de propagande. Je comprends très bien que même devenir candidat ne sera pas simple » à juste titre, Alexeï Navalny constate ses maigres chances, toutefois le trublion imprévisible, comme l’appelle le régime, semble déterminé à venir défier Poutine dans les urnes.

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