Tchétchénie : Kadyrov organise la traque des homosexuels

L’annonce de cette nouvelle n’a pas reçu de traitement médiatique de grande ampleur avant ces derniers jours. Pourtant depuis le début du mois, l’un des derniers journaux indépendants russes Novaya Gazeta tirait la sonnette d’alarme sur la situation des homosexuels en Tchétchénie. Cette république musulmane de la Fédération de Russie située dans le Caucase du Nord à la frontière géorgienne est en proie à des troubles socio-politiques depuis plus d’une vingtaine d’années. En 2007 Vladimir Poutine a placé à sa tête le dirigeant controversé Ramzan Kadyrov. Ce dernier est soupçonné d’instaurer en Tchétchénie un islam de plus en plus rigoriste, alors même que les attentats aux motifs indépendantistes et djihadistes frappent les grandes métropoles russes depuis plusieurs décennies dans un silence médiatique quasi systématique. La situation de la république tchétchène pourtant sous autorité russe semble glisser dans les mains de son dirigeant.

La société tchétchène et nord-caucasienne a toujours refusé l’homosexualité de ses membres, considéré comme une honte familiale. Par ailleurs un individu peut moralement pratiquer un « crime d’honneur » c’est-à-dire assassiner un membre de sa propre famille si celui-ci est homosexuel ou considéré comme tel, afin de laver l’honneur de la famille qui serait souillé par une pareille filiation. La notion de crime d’honneur permet régulièrement lors de procès pour homicide de relaxer le prévenu ou d’alléger considérablement la peine. La complaisance du système judiciaire conforte l’implantation de l’homophobie dans le Caucase du Nord.

C’est dans ce terreau fertile que s’est mis en place une traque implacable des homosexuels tchétchènes. De 16 à 50 ans, ce sont plusieurs centaines de personnes qui aurait d’ores et déjà fait les frais de cette purge. Les homosexuels présumés sont enlevés par les forces spéciales tchétchènes puis séquestrés dans des lieux désaffectés dont l’un serait situé dans la banlieue de Grozny. Là-bas, ils sont enfermés et humiliés, puis torturés. Electrocutions, lynchages, passages à tabac répétés, tout est fait pour que les détenus flanchent et délivrent le nom d’autres homosexuels qui auraient échappé aux kidnappeurs. Déjà plusieurs personnes enlevées auraient été tuées. Ceux qui sont lavés de tout soupçon d’homosexualité sont redonnés à leurs familles. Néanmoins la menace ne s’arrête pas aux frontières de la Tchétchénie puisque les forces spéciales et leurs réseaux pourchassent les homosexuels tchétchènes qui se seraient enfuis à travers toute la Russie. Les fugitifs ne sont en sécurité nulle-part et sont contraints de se cacher et de vivre dans l’anonymat le plus total. Les ONG russes de défense des droits des personnes LGBT sont impuissantes, toutefois elles ont mis en place un numéro d’appel d’urgence destiné à aider à l’évacuation de tout homosexuel souhaitant quitter la Tchétchénie. Cette purge ferait suite à la volonté de mouvements LGBT locaux d’organiser des gays prides dans certaines métropoles du Caucase du Nord.

Cette situation n’a pourtant pas été relayée par les médias officiels russes, aucune mention du drame tchétchène n’a été communiquée par la télévision ou la presse. Et à juste raison ; ils sont sous contrôle du régime de Poutine. S’il n’a effectivement jamais instauré une homophobie officielle, Vladimir Poutine a cependant été l’instigateur de lois répressives en juin 2013 lorsqu’il condamnait l’expression publique de « comportements homosexuels » au nom de la protection de l’enfance et des valeurs familiales traditionnelles. L’absence de réaction du Kremlin laisse planer l’hypothèse d’une approbation silencieuse du régime face aux exactions commises par Kadyrov. Son porte-parole a même déclaré « il est impossible de détenir des personnes qui n’existent pas dans notre république », le déni est total. En réaction à ces révélations la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) a pressé les autorités russes de « de garantir la sécurité et l’intégrité de tous et de mener une enquête sur les crimes de masse confirmés par les organisations de défense des droits humains ». Amnesty International a quant à lui lancé une pétition pour mettre fin aux persécutions.

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